Un coin tranquille

L’automne est arrivé à l’heure, traînant avec lui un léger relent de fin d’été. Le matin du 28 septembre, aux environs de 8 heures, je suis allé tenter de voir le soleil à son lever. Il faisait  frisquet. Tandis que je tournais dans les champs pour trouver le bon endroit où établir un semblant d’observatoire, le froid, que j’aurais dû prévoir,  était vif sur les doigts qui tenaient l’appareil photographique. Dans nos contrées, l’automne, même s’il se pare de couleurs chaudes, souffle souvent le froid aux heures extrêmes  du jour. J’ai pu néanmoins surprendre le soleil qui se  faufilait  entre trois fils électriques tendus sur un ciel peinant à se colorer de bleu et  griffé ici et là par d’étranges et  fines traînées blanches.

Puis je me suis enfoncé plus vers l’est, pour tenter de tutoyer l’astre que j’espèrais splendide. Derrière une sorte de bosquet, il apparut en effet, lumineux et blanc, alors que je l’aurais aimé flamboyant… Il y a toujours loin du rêve à la réalité. Mais il plastronnait, malgré tout avec fierté et orgueil, au-dessus et au-delà  des frondaisons.

Ce qui me surprit le plus fut l’apparent bosquet qui, lorsque je l’eus contourné, offrit un tout autre spectacle que celui de la campagne environnante. J’entrai dans le lieu par un portail qui fut sans doute solide à défaut de majesté et contemplai un fourre-tout dont je ne compris pas réellement l’utilité. Stères de bois en voie d’effondrement, monticule de pneus, herbes sèches en tas étouffant quelques arbustes déjà effeuillés, mystérieuse bâche planche jetée sur un informe relief dont je ne pris pas le temps d’apprécier le contenu et, au fond, un panneau avec une prise électrique parfaitement incongrue (hormis peut-être pour le propriétaire des lieux), à moins qu’il ne s’agisse là d’une nouvelle forme d’art en gestation, auquel cas j’aurais la chance inespérée d’avoir été un découvreur !

La nature heureusement sait corriger les tristes aberrations humaines. Elle a planté, à la sortie de ce capharnaüm une fleur, certes timide, mais offrant les couleurs de ses pavillons colorés bien ouverts accrochés à une longue tige bien droite et lourde de bourgeons. Juste derrière, la campagne reprenait ses droits. C’est pourquoi je qualifiai l’endroit de « coin tranquille », un peu aussi par dérision, je l’avoue   D’autant que le silence était encore intense, quoique vibrant quand même de quelques babillages d’oiseaux. Un laboureur travaillait déjà, au loin, sans un bruit, au milieu d’une nature encore engoncée dans un voile de brume de plus en plus transparent. Le jour plein était tout proche.     

rony

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11 réponses à “Un coin tranquille

  1. Une atmosphère que tu nous dépeins avec beaucoup de subtilité et de finesse . Cette rose trémière qui se dresse comme pour mieux narguer les aberrations humaines éclaire vraiment cette aube d’un éclat particulier . Je confirme le froid des heures extrêmes du jour, je l’ai testé aussi aujourd’hui, par contre le soleil s’est montré bien généreux cette après midi .
    Bonne soirée Rony , contente de retrouver tes écrits
    Bises

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    • Merci Gisèle. C’était un premier essai, … je vais persévérer sans doute ! Le soleil ici fait le yoyo et le froid s’intensifie quelque peu.
      Bonne soirée à toi

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  2. Yeah ! des photos !
    Alors, l’idéal par temps froid, pour le photographe, ce sont les mitaines.
    Moi, j’apprécie cet instant immortalisé dans le temps et l’espace.

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  3. Coup de coeur aussi pour ta rose trémière ! jolies photos Rony , jolie balade ..heureuse de te lire et retrouver tes mots !
    Je t’embrasse

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  4. Il est vrai que cette jolie fleur vient soudainement égayer ce qui semblait figé. C’est ce qui rend la vie intéressante : sa capacité à surprendre là où on ne l’attend pas forcément.
    Pour le reste, je veux bien partager nos – encore – trente degrés…
    Bisous Rony

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    • Merci LO pour cette proposition de partage, car ici le froid se montre assez dur le matin et le soir, quand le soleil est absent, en faite. Automne, automne… Quant aux surprises de la vie… il faut y être un peu prédisposé, je pense…
      Bises

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  5. Déjà, je dis chapeau pour t’être levé de si bon heure pour contempler ce spectacle. Moi je n’ai jamais eu ce courage (sauf quand je dormais à la belle).
    Ta trouvaille insolite ressemble à la mienne, un jour, dans un bois aussi, j’étais tombé sur la décharge personnelle d’un revendeur en matériel de plomberie, baignoire, wc…. Triste à voir.

    Ha comme je suis heureuse de te retrouver! Cet endroit te va bien.

    Bisous mon vieux monsieur contempler du soleil levant (c’est bon non?)
    (je continue ma lecture, car c’est mes premiers pas ici et d’autres billets suivent)

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    • coucou belle Noiraude… Il est des lieux insolites à côté desquels on passe souvent sans les voir…
      Me lever tôt n’est pas un problème…, j’aime bien la nature dans les moments d’éveil, queque soit le temps
      bises

      Aimé par 1 personne

  6. Pingback: Dernier billet | Mots vagabonds et autres balivernes...

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